Mardi 14 juin - Football et tragédie

Le football est une affaire de coeur. "Una sola passion, Boca" (Une seule passion, Boca) peut-on lire sur les bonnets de certains supporters. En amérique du sud plus qu'ailleurs, on vibre et l'on vit pour ce sport.
Boca Junior est une équipe emblématique dans toute l'amérique latine. Le club, qui fête ses 100 ans cette année, est un peu similaire au Real de Madrid dans son rayonnement qui dépasse le cadre national. Le tee-shirt bleu et jaune de l'équipe est porté par de nombreux jeunes au Pérou et en Bolivie par exemple. Sociologiquement, il est inconcevable d'affirmer avoir visité l'amérique du sud sans avoir au moins assisté à un match de football! Par chance, Boca joue ce soir un match important face une équipe mexicaine (les "Chivas" de Guadalaraja). Il s'agit d'un match équivalent à un quart de final retour de notre Champion's league (coupe d'Europe des clubs pour les incultes que je pardonne bien volontiers). Il faut savoir que Boca s'est fait sévèrement corriger au match aller au Mexique en subissant une lourde défaite (4 à 0). Ses chances de qualification sont donc infimes.
Malgré cela, à mon arivée sur place, je découvre que toutes les places sont déja vendues! Ma première aventure consiste donc à trouver et marchander un billet sur le marché noir. J'avoue avoir eu du mal car les argentins sont trés fiers et pas forcément diplomates dans la manière de discuter. Si l'on propose un prix trés bas pour essayer de "couper la poire en deux" par la suite, le vendeur à la sauvette se vexe et tourne les talons. A force de tatonnements et de nombreux échecs, je suis néanmoins parvenu à mes fins. Ma découverte tumultueuse continue lorsque je commence à faire la queue pour rentrer dans le stade. Environ trois quart d'heures durant lesquelles la progression est lente et la foule se compacte de manière quelques fois violente. Tout cela pour découvrir devant le portique que je me suis trompé d'entrée. Par mesure de sécurité, j'avais pris une place numérotée placée assez haut. On m'avait dit de me méfier des supporters qui sont dans la fosse car cela peut être dangereux. Finalement, ils ne sont pas si méchants puisque j'ai fait la queue tout du long avec eux, apprenant au passage quelques uns de leurs chants et pas mal de leurs insultes destinées à l'adversaire et aux policiers! Avec toutes ces mésaventures, j'arrive juste pour le coup d'envoie...
Le stade est tout bleu et cela ne s'arrete jamais de chanter. Et toujours des chants différents que tout le monde connait par coeur! Pour l'anecdote, l'un des groupes de supporters se nomme "Boulogne". Comme pour le Paris Saint Germain, l'une des tribunes donne sur une rue qui s'appele "Boulogne". Et comme au PSG, ce sont les plus violents et les plus virulents qui s'y trémoussent, collés contre le grillage...
Le match est à sens unique : Boca attaque tout le temps et les mexicains se contentent de défendre. Mais cette année, Boca traverse une crise. Elle piétinne en championnat et, compte-tenu de sa déroute au match aller, est déja virtuellement éliminée de la "Copa Libertadores" (nom de cette "Champion's League" des pays d'amérique latine). Et la crise continue ce soir: Boca joue bien mais ne marque pas. Le public, lui, ne s'arrete pas de chanter. Les minutes stériles en but passent et les supporters sont toujours en train de s'époumonner. La tension est perceptible sur le terrain. Boca sent que tout lui échappe. Malgré le froid et le vent, toutes les têtes sont chaudes: deux expulsions, des jets d'objets vers le gardien mexicain et un supporter qui parvient à rentrer sur le terrain. Autant d'incidents qui poussent l'arbitre à clore le jeu avant son terme. Une bien terne sortie pour l'équipe la plus titrée du continent...
Une tragédie qui se noue et des rêves qui se brisent... Le football est le théatre du peuple. Et chaque peuple a sa part de rêve. Il en va de même au Chili : “Vinimos a hacer historia” (Nous sommes venus pour écrire l'histoire). Le capitaine de l'équipe des moins de 20 ans du Chili parlait du résultat impressionnant des chiliens face au Honduras (7 à 0) lors de la coupe du monde des moins de vingt ans qui se déroule en Hollande. Pendant trois jours, tous les journaux ont fait leurs unes sur ce résultat. Tout devenait légende. Les chiliens voyaient déja les choses en grand. Hier soir, cette même formation a perdu 7 à 0 face aux espagnols. Grandeur et décadence... Où l'on passe du rêve à la tragédie en trois jours: c'est le football en amérique latine dans toute sa splendeur.