Lundi 30 mai - Toujours plus au sud

Nous continuons notre route vers le sud. Encore 500 kilomètres de plus. Nous voyons enfin du vert! Le décor minérale qui était notre unique cadre s'est légèrement transformé aux abords de la Serena : il y a de la végétation ici!
En bordure de mer, la Serena est une ville réputée pour ses plages en été. Je tiens à préciser que nous sommes fin mai. Ce qui correspondrait en méditerranée à la fin novembre. N'imaginez donc pas une ville idyllique avec des filles en bikini et des surfeurs tout bronzés. Ici, c'est malheureusement la mode automne-hiver 2005 qui sévit. Avec le temps qui va de pair : ciel bas, atmosphère humide (mais pas de pluie) et température fraîche...
Mais ne gâchons pas notre plaisir. La ville est agréable et authentique. Finalement, il n'y a pas de touristes et c'est bien mieux pour se fondre dans la population. La découverte de la Serena n'en sera que plus franche et passionnante!

Dimanche 29 mai - Au bord de l'océan

Face au Pacifique, rien de nouveau. Nous passons encore une journée à vagabonder dans les environs de Chañaral. L'ambiance calme d'un dimanche perdu au fin-fond du Chili a des airs de ressemblance avec un week-end en Normandie. Les plages ne sont pas les plus belles mais elles inspirent. On ne peut pas s'y baigner mais on aime les longer nonchalament. Au détour d'un port de pêcheurs, nous nous arretons pour manger des plats de poissons bien frais. Dehors, les majestueux pélicans attendent le prochain bateau qui amenera un chanceux pêcheur. Le soleil réchauffe les coeurs et les âmes. La vie coule doucement. Comme un dimanche au bord de l'eau. Je regarde les vagues déferler sur la côte. Devant moi, l'horizon m'appelle dans son infinie vacuité : qu'elle est loin la prochaine île!

Samedi 28 mai - Pacifiquement votre

La bourgade de Chañaral n'a pas grand-chose pour elle : coupée de l'océan par la panaméricaine et flanquée aux pieds de collines désertiques, ses maisons et son centre sans ame ne sont pas des invitations à y séjourner. De plus le climat typique de cette partie du Chili à cette époque hivernale est particulier: il fait grand bleu sur tout l'intérieur de pays et des nuages bas et gris s’agglutinent le long des cotes. Il faut donc un sacré morale et une bonne dose de motivation pour apprécier ce lieu. La seule comparaison que j'avais était Berre l'Etang mais elle est un peu exagérée. Les connaisseurs apprécieront...
Mais que diable sommes-nous venus faire ici? Deux choses. Primo, fuire les touristes et l'ambiance fausse qui régnait à San Pedro de Atacama. Bref, rencontrer le vrai Chili et les vrais chiliens. C'est chose faite : ils parlent trés vite et l'on ne comprend rien! Comme si l'espagnol était une nouvelle langue! Frustrant...
Ensuite, nous voulons voir l'océan. Tout simplement. A quelques kilomètres de Chañaral se trouve un parc naturel: le Pan de Azucar. C'est l'occasion d'une grande balade entre le désert et le Pacifique. On nous parle de beaucoup d'animaux. Nous ne verrons que deux renards pas farouches. Pour ceux qui suivent, on les nomment "zorros" en espagnol.
Plus que tout, c'est l'ambiance tranquille de ces paysages qui nous apaise. Nous sommes seuls autour de ces grands espaces car le début de l'hiver a fait fuir tous les touristes. Les rouleaux de l'océan grondent en s'abattant violemment sur les plages de sable toisées d'un ciel bas. Derrière nous, le désert inhospitalier réchauffe notre dos et apporte des touches jaunes et bleus à ce décor parfait pour un surfeur solitaire. Mais il n'y a vraiment personne à part quelques mouettes plantant leurs becs dans le sable humide à la recherche de coquillages.
Nous prenons une grande bouffée d'air pur. On est finalement bien ici...

Où le désert plonge directement dans l'Océan Pacifique.

Un petit renard vient quémander quelques miettes de notre pic-nic.

Vendredi 27 mai - Plein Sud

Il est temps de quitter San Pedro de Atacama pour descendre vers le sud du Chili. Il s'agit d'une journée de transition que nous passons principalement dans les bus. Notre premier chauffeur est assez atypique : déguisé en zorro, il débite dans son micro des commentaires humoristiques sur la région qui nous entoure. Les bus changent changent aussi. Ils sont bien plus confortables et ce n'est plus l'intégrale de Jean-Claude Vandame qui passe en boucle comme c'était le cas au Pérou et en Bolivie. Ouf! je commençais à tous les connaitre par coeur!
Côté paysage, c'est le désert au sens propre comme au figuré. Dés que nous nous rapprochons de l'océan, le soleil fait place à des nuages gris et bas. C'est dans cette atmosphère morose que nous arrivons à la nuit tombée dans la petite ville côtière de Chañaral.

Jeudi 26 mai - La vallée de la Lune

Du fait de son climat désertique, San Pedro de Atacama a deux facettes : des nuits glaciales et des journées printanières. Il devient difficile d'envisager quoi que ce soit de sérieux lorsque le soleil darde ses premiers rayons matinaux. Nous avons juste envie de ne rien faire et de capter cette chaleur naissante comme une bénédiction. C'est ce que nous faisons lors d'un petit-déjeuner tardif sous les canis. Entre chaleur et farniente, tout va bien.
L’après-midi est plus active puisque nous partons visiter la vallée de la Lune. Ce sera l'unique attraction que nous verrons ici. Les autres ressemblant de prés ou de loin à ce que nous avons pu voir en Bolivie, il nous semble inutile de faire overdose de désert.
La vallée de la Lune, c'est bien. Mais avec un guide, c'est mieux. Tant pis pour les explications. Nous nous contenterons d'un chauffeur qui semble à peine connaitre la région. Baignés de soleil, les paysages sont magnifiques. Dommage que je ne puisse plus télécharger de photos car nous en avons pris beaucoup. Tout est un appel à la photo: les couleurs sont aussi riches que le sol regorge de minerais diverses. Le blanc du sel. Le rouge du soleil couchant, le jaune du sable, ... La lumière est joueuse. Elle crée des reliefs et des ombres sans cesse différentes comme un corps nu posant sur une plage de sable blanc. Le cadre est exceptionnel: de loin en loin les volcans enneigés se dressent au dessus de l'horizon comme des mirages. Ultime étape de notre excursion, nous montons une dune énorme qui nous transporte directement au Sahara. D'en haut, la vue résume un peu toute la région de San Pedro : nous sommes entourés de dunes de sables et de roches volcaniques aux formes surnaturelles. Un énorme amphithéatre de sable se dresse sur notre droite. En face, le soleil nous brule encore de ses derniers rayons. A gauche, on distingue le blanc aveuglant du salar d'Atacama. Derrière nous, les volcans rougissent et leurs circonvolutions se hérissent pour saluer une dernière fois le soleil. On est écrasé par toute cette force minérale qui ne respire et ne resplendit que par le soleil.
Lorsque le roi soleil disparait, tout disparait. Il fait désormais froid. Très froid. Dormez en paix, montagnes et volcans enneigés...

Désert et volcan dans un décor purement minéral.

Mercredi 25 mai - Vers le Chili

Plus vraiment le temps d'écire. Heureusement Nadège est là!
http://nadegevoyage.blogspot.com/2005/05/entree-au-chili.html
J'ajouterai simplement à tout cela que j'ai adoré cette journée car je me suis baigné dans des eaux thermales. La sensation est trés agréable: nous sommes à plus de 4000 mètres, il fait beau, il fait trés froid et je suis dans une eau à la température idéale. Un grand moment de détente et de relaxation. Au milieu des éléments extremes mais dans un équilibre confortable. Petite parenthèse personnelle pour Laure qui connait le lieu: j'ai évité de me poser sur la mousse. Je ne devrais donc pas avoir de mauvaise surprise...

Mardi 24 mai - D'une laguna à l'autre

Grosse fatigue pour mon blog? Nadège vient à la rescousse!
http://nadegevoyage.blogspot.com/2005/05/laguna-colorada.html

Lundi 23 mai - Le Salar de Uyuni

Nadège m'épargne quelques sueurs et de l'encre binaire en parlant si bien de tout cela à l'adresse suivante:
http://nadegevoyage.blogspot.com/2005/05/le-salar-de-uyuni.html

Ne vous fiez pas aux apparences. Le soleil est trés violent mais il fait froid sur ce désert de sel.


Une île pittoresque au milieu du Salar de Uyuni: la Isla del Pescado.

Dimanche 22 mai - Potosi express

Les manifestations reviennent. Malheureusement, il ne s'agit pas de festivités mais de mouvements sociaux. Personne ne sait ce qui va se passer mais on craint des blocages de routes. Nous ne pouvons pas nous permettre de prendre de risques. Notre seule solution est de partir ce soir. Cela précipite un peu notre visite de la ville. Nous passons tout de meme par le musée "casa de la moneda" qui retrace l'histoire de l'argent et des monnaies qui ont été frappées ici depuis l'arrivée des espagnols. Ensuite, nous visitons une mine encore en exploitation. Nous effectuons à travers ces sites un passage {eclair entre la faste histoire de Potosi et sa triste réalité actuelle.
Le soleil se couche. Il fait toujours aussi froid. Il est temps de partir vers Uyuni où nous devrions arriver vers deux heures du matin. De là, nous partirons directement à la découverte du Salar de Uyuni et de bien d'autres richesses géologiques dans un desert aride et sauvage. N'attendez pas de nos nouvelles avant quatre à cinq jours car nous serons coupés de la civilisation jusqu'à notre arrivée au Chili. A suivre...

Samedi 21 mai - Entre Sucre et Potosi

A peine trois heures de routes séparent Sucre de Potosi. Nous flanons encore un peu dans la capitale bolivienne avant d'entamer notre petit trajet vers Potosi l'impériale.
La richesse et la notoriété de cette dernière proviennent de la montagne au pied de laquelle elle se situe: le Cerro Rico. Cette montagne rouge regorge de minerais en quantités considérables et facilement exploitables. Parmi ceux-ci, c'est la'rgent qui prédomine. Les incas connaissaient l'emplacement et les gisements de cette montagne mais n'ont jamais exploité le filon pour des raisons religieuses. A leur arrivée, les espagnols ne se sont pas privé de creuser les entrailles de la montagne en utilisant toutes les ressources humaines qu'ils ont pu asservir à cet fin. Progressivement, Potosi est devenue la principale source de revenu de l'empire espagnole. Tout l'argent était extrait en quantité considérable, fondu puis transformé en monnaie. Cette monnaie innondait ensuite toute l'Europe et gonflait ainsi artificiellement la puissance économique de l'Espagne. On a coutume de dire que la capitalisme a commencé à cette période. Des pays comme la France ou l'Angleterre ont, par ricochet, développé fortement leur économie en devenant des marchands bénéficiant grassement des deniers de la "banque" Espagne qui pouvait s'acheter tout et n'importe quoi. Et c'est finalement ce pays qui patiera le plus de cette situation lorsque la source de revenus se tarira au moment de l'indépendance de la Bolivie.
Vous l'aurez compris, Potosi est une ville à part. A 4000 métres d'altitude, sa richesse passée a laissé des traces dans l'architecture locale et les arts. Les mines sont toujours actives mais leur rendement est désormais ridicules car les gisements intéressants sont de plus en plus profonds.
Cette ville est dans une des régions les plus pauvres de Bolivie. Le climat y est rude mais la population des mineurs est toujours aussi active (on en dénombre encore 42 000). Leurs conditions sont précaires et leurs permettent tout juste de vivre. Leur ésperance de vie est de 50 ans. Un autre monde...
A coté de cela, les musées et édifices religieux sont parmis les plus réputés de Bolivie. Nous visitons dans l'apres-midi un couvent carmelite d'une richesse extraordinaire. La "dot" pour le droit d'entrée était extremement élevé. Seules les plus riches familles espagnoles pouvaient y faire rentrer leur fille (traditionnellement la deuxième). Du coups, le musée est trés intéressant car il retrace à la fois la vie des carmélites mais aussi l'histoire de l'art potosien à travers les diverses donnations effectuées aux cours des siècles.
Le soir tombe sur Potosi et sa montagne: il fait très froid lorsque le soleil disparait!

Vendredi 20 mai - Visites à Sucre

Encore une belle et agréable journée ensoleillée à Sucre. Notre programme culturel se poursuit.
Nous visitons dans la matinée un monastère franciscain. Celui-ci regorge d'objets historiques ayant appartenu aux missionnaires. On y voit aussi un des plus vieux arbres d’Amérique latine : un cèdre de plus de 1200 ans, dont la circonférence est impressionnante. Nous effectuons un nouveau petit tour au musée d'art textile qui nous avait séduit la veille mais dont nous n'avion pas pu aller au bout.
L’après-midi, nous errons dans le cimetière de Sucre qui rassemble -à la manière du Père Lachaise- beaucoup de personnages historiques dans un cadre verdoyant. Enfin, nous explorons le vaste musée universitaire. Ce dernier est certainement l'un des plus riches et des plus complets. Malheureusement, il est très peu didactique et recouvre des domaines que nous avons déja approfondi auparavant. Je pense que nous saturons un peu. Il est donc temps de s'arreter. Encore une petite promenade dans les quartiers commercants afin de s’imprégner de l'activité de cette ville et c'est déja le soir.
Sucre est dominée par deux collines. Sur l'une d'entre elles, une croix s'illumine la nuit venue et donne l'impression de protéger la ville. Encore et toujours cette impression de douceur d'une petite ville de province. L'atmosphère devrait changer demain puisque nous nous rendons à Potosi, connue pour son climat plus froid et plus rude.

L'architecture coloniale est omniprésente à Sucre.

Jeudi 19 mai - Arrivée à Sucre

Aprés un court vol sans histoire, nous voila à Sucre (prononcer "sucré") en fin de matinée. Un peu plus bas que la Paz, nous sommes désormais à 2800 mètres d'altitude. Le paysage est plus vallonné et moi désertique. Les températures sont meilleures qu'à la Paz puisque nous ne portons plus qu'un Tee-shirt.
Sucre est la capitale historique de la Bolivie. Toute l'histoire, la culture et l'architecture semblent s'être concentrées dans cette ville au charme provinciale. L'influence coloniale espagnole transparait dans la blancheur des murs et les édifices religieux alentours.
Aprés un bref tour de la ville, nous nous attaquons aux richesses culturelles de celles-ci. Au programme, deux musées fort instructifs. L'un retrace l'histoire de Sucre et de la Bolivie depuis son indépendance en illustrant le sujet de différenst objets relatifs à des personnages célèbres. L'autre décrit principalement au travers de l'art du tissage les traditions et coutumes des tribus vivant aux alentours de Sucre.
Sucre est douce et agréable comme une authentique ville de "vacance" : soleil, ambiance "méditerranéenne" et culture à gogo. Demain, nous continuerons avec plaisir sa découverte.

Mercredi 18 mai - Toujours à la Paz

Le président a parlé. Mais il n'a rien dit sur la loi des hydrocarbures. Le parlement a voté cette loi hier. Mais sans la signature du président Mesa, tout cela n'est que lettre morte. Alors les mineros et cocaleros bloquent toujours les routes du sud. Ils marchent dans la Paz et expriment leur mécontentement. On a l'impression que l'appareil démocratique est bloqué : chacun faisant la sourde oreille à l'autre.
Alors nous flanons encore dans la Paz. Comme vous avez pu le constater, j'en ai aussi profité pour mettre quelques images sur mon site.
Devant cette situation qui semble dans l'impasse, nous avons décidé de prendre l'avion pour sauter par dessus les barages routiers. Si tout va bien, nous serons à Sucre demain.

Mardi 17 mai - Tiwanaku

Les axes routiers vers le sud de la Paz sont toujours bloqués. Ces derniers sont stratégiques car la majorité des denrées alimentaires proviennent de la jungle au sud de la Paz. Pour comprendre un peu mieux la situation économico-politique, je vous renvoie à cet article du Monde.
Pour notre part, nous avons évité avec succès ces barages routiers en nous rendant à 80 kilomètres à l'ouest de la Paz dans un des sites archéologiques les plus méconnus (à tort) d'amérique latine : Tiwanaku.
On parle tout le temps des incas comme étant la seule grande civilisation pré-colombienne ayant occupé le cône sud de l'amérique latine. C'est faux! Pendant 2700 ans et jusqu'à 1200 aprés JC, une autre civilisation s'était progresivement développée et implantée sur les territoires actuels du Chili, Argentine, Pérou et Bolivie : les Tiwanakus. Leurs divinités étaient le soleil, la terre et l'eau. Leur système politique était quasi-démocratique (un peu comme durant la Grèce Antique). Et leurs hégémonie, bien que guerrière, était surtout basée sur un transfert de connaissance dans les domaines de l'agriculture, de l'architecture et de l'artisanat. Vers 1200, cette civilisation s'est mystérieusement éteinte. En fait, chaque entitée de cette civilisation a commencé à suivre son propre chemin pour constituer des tribus indépendantes aux coutumes bien disctinctes. C'est de l'une d'entre elles que sont issus les incas...
Le site de Tiwanaku est superbe et recèle encore de nombreux secrets. Nous sommes sur l'altiplano à prés de 4000 mètres entourés de lointaines montagnes et baignés par le soleil. Les fouilles continuent encore actuellement et sont trés actives. Je vous passe la description des musées et temples que nous avons visité. Nous avons néanmoins appris beaucoup de choses sur cette civilisation qui mériterait une plus grande place dans les livres d'histoire sud-américains.
Pendant ce temps-là, le président ne veut toujours pas parler...

La civilisation Tiwanaku est encore à découvrir.

Lundi 16 mai - Etat de siège à la Paz

Ils sont venus. Ils sont tous là : campesinos (paysans), mineros (mineurs) et ouvriers de l'alto. Ils déferlent par millier dans les rues de la Paz. Les routes principales (notamment vers le sud) sont bloqués par ces manifestants. Et aujourd'hui, ils marchent sur la Paz pour exprimer leur mécontentement: "la loi sur l'hydrocarbure, maintenant!" "Rendez le gaz et le pétrole à l´état!". Mais le président restera muet toute la journée à cet appel. Alors, ils continueront à bloquer les routes demain...
La Paz est bizzare aujourd'hui. Les rues principales sont interdites à la circulation. Des milliers de boliviens défilent paisiblement. La ville me semble plus calme. Je la vois sous un autre jour. Mes yeux se posent sur de nouveaux édifices que je n'avais pas vu auparavant. Encore une nouvelle facette de la Paz qui la rend toujours plus agréable et surprenante.
Dans cette ville en état de siège, nous essayons de nous organiser au mieux. Nos plans sont un peu chamboulés par ces blocages routiers. Ceux-ci concernent principalement le sud, direction dans laquelle nous souhaitions aller. Alors nous essayons de temporiser et d'envisager les différentes solutions qui nous permettrons de gagner le sud du pays. Heureusement, notre temps n'est pas compté comme certains voyageurs qui n'ont que deux semaines de vacance...

Manifestation dans les rues de La Paz.

Dimanche 15 mai - Vite vite vite

Sorata est un village paisible dans lequel nous esperons passer encore un ou deux jours. Une première petite randonnée dans la matinée nous confirme dans cette idée: nous repartirons trnquilement demain.
En fin d'aprés-midi, tout se précipite lorsque nous souhaitons reserver notre bus pour demain: il n'y en aura pas! La raison? Toutes les routes seront bloquées!
Il est temps de faire un petit tour rapide de la géopolitique locale. Le président actuel fait partie d'une coallition vaguement libérale. Mais il est tallonné par un mouvement de gauche assez populiste qui se nourrit de la pauvreté et des crises qu'ont subi divers secteurs économiques(mines, culture de la coca, etc...). Le pays est coupé en deux: d'un côté, des boliviens qui croient au système mis en place et savent en profiter, de l'autres, des exclus toujours plus nombreux qui ont perdu tout repère et tout avenir. Et le fossé se creuse encore plus suite à une loi en discussion : la loi sur les hydrocarbures. La Bolivie possède -en effet- de nombreuses ressources pétrolières et depuis peu de riches gisements de gaz. Dans un soucis d'ultra-liberalisme ("Goni", vous vous souvenez?) et afin de se plier aux exigences du Fond Monétaire Internationale, les gouvernements précédents ont tout simplement vendu ces richesses à des entreprises étrangères. Mais depuis peu, la majorité au parlement (élu par le peuple) n'est plus à droite. Du coup, le parlement a voté une loi afin de récuperer et de re-nationaliser les ressources issues du gaz. Il suffit désormais d'une signature du président actuel, Carlos Mesa, pour que cette loi devienne active. Mais ce dernier refuse de la signer pour plusieurs raisons. Idéologiquement, Carlos Mesa est de droite. Pratiquement, une telle loi refroidirait les investisseurs étrangers. Elle risquerait même d'entrainer des sanctions de la part d'organisme tels que l'OMC ou le FMI. Bref, le président temporise en parlant de "rediscuter" la loi. Mais tous les laissés pour compte veulent cette loi maintenant car elle renflouerait rapidement les caisses de l´état. Ils ont donc décidé de marcher sur la Paz et de couper toutes les routes y menant.
Voila pourquoi nous devons partir maintenant! A peine le temps de retourner à l'hotel et de ranger nos affaires et nous prenons le dernier bus avant longtemps en direction de la Paz...
Nous montons encore pour atteindre l'altiplano puis replonger sur la Paz. Aprés un trajet de cinq heures, la Paz nous revoila!

Samedi 14 mai - Camel Trophy

La veille, nous pensions avoir reservé deux places dans un bus. Il est cinq heures du matin lorsque notre "bus" arrive : un Toyota Land Cruiser... Il y a du monde qui attend et je doute que nous rentrions tous. Pourtant, tout le monde donne ses bagages au conducteur qui les place sur le toit du 4x4... Le véhicule possède deux banquettes derrière la place du conducteur. Le gens s'entassent à quatre par rangées. Nous prenons les deux places à côté du conducteur (de loin les plus confortables!). Il y a donc bien dix passagers à l'intérieur de la voiture (nous en prendrons même un autre sur le toit par la suite!)!
Mes derniers doutes sur l'utilisation d'un 4x4 plutôt que d'un bus s'estompent vite. La route est chaotique à souhait: pentes à quarante cinq degrés, trous énormes, passages à gué de fleuves ou bourbiers énormes. Il y a tous les ingrédients d'une étape du Camel Trophy! Notre conducteur mène tout cela d'une main de maitre. Son look est celui d'un garagiste avec sa blouse de travail. Petite moustache, casquette vissée sur le front et démarche nonchalante à la Clint Eastwood, "Don Jesus" (c'est son nom) en impose! Surtout lorsqu'il racle sa gorge et crache sechement par la fenetre de son "Toy".
Petite parenthèse pour les accrocs aux voitures (et pour Julien en particulier) . Durant toute notre traversée des Yungas, nous n'avons rencontré qu'une seule et unique marque de véhicules : Toyota. Ce sont visiblement les seules qui tiennent dans ces contrées où le bitume n'existe pas et où la pluie inonde tout trois mois par ans.
Retour à notre trajet : cela secoue beaucoup! Il me semble quelques fois que nous défions les lois de la physique en franchissant des obstacles insurmontables. Mais Don Jesus est toujours imperturbable. Nous surplombons des précipices impressionants alors que nous sommes déja bien trop penchés à mon goût... Oui, j'ai eu un peu peur de temps en temps...
La route monte toujours. Nous abandonnons la forêt luxuriante pour nous retrouver dans un paysage de montagnes plus classique. Le trajet commence à devenir long. Les lacets s'enchainent. Nous montons toujours. Le soleil commence à taper plus durement.
Enfin, nous arrivons à Sorata après huit heures entassés dans cette voiture. Extenués, nous sommes heureux d'arriver. La vue est splendide. En face de nous la Cordillère Royale réapparait dans toute sa splendeur. Les cimes enneigées de l'Illampu et de ses petits frères donnent au village une ambiance de carte postale : le village, les flancs verts, les cimes blanches et le ciel d'un bleu éclatant. On se croirait à Chamonix en été mais en plus vert, plus vaste et plus "nature".
Sorata est réputé pour ses nombreux départs de randonnées dans la Cordillère Royale. Pour l'instant, nous reprenons notre souffle après ces multiples et éprouvants transports. La vue nous suffit amplement...

Le Toy de Don Jesus.

Vendredi 13 mai - En bateau

De Guanay, nous avons plusieurs options. Nous pouvons nous enfoncer dans la véritable jungle amazonienne en une journée de bateau. Cela ne me tente guère car j'avoue ne pas voir envie de rencontrer encore plus de bestioles (surtout les moustiques et autres serpents). Nous pouvons aussi rebrousser chemin vers la Paz. Mais nous voulons faire une véritable boucle dans les Yungas. Nous prenons donc un bateau afin de remonter une rivière en direction de Mapiri.
La trajet est "folklorique". Le bateau est une grande pirogue à moteur. Nous nous entassons de manière fort inconfortable à l'intérieur. A chaque nouvelle personne qui embarque, on craint de voir le bateau se retourner. Mais tout se passe bien. Le trajet est trés pittoresque: nous remontons des vallés encaissées et verdoyantes. De temps en temps, nous nous faisons éclabousser lors du franchissement de rapides. Le bateau s'arrete assez fréquement pour déposer ou prendre des passagers. Et à chaque fois, l'embarcation manque de cahivirer...
A l'issue d'un trajet long et éprouvant (impossible de bouger et nous sommes assis sur des banquettes sommaires), nous accostons à Mapiri. Enfin, presque: le bateau ne pouvant se rapprocher du bord, nous enleverons tous les chaussures pour traverser les dix derniers mètres qui nous séparent de la rive...
De là, nous prenons un taxi qui nous menera en une heure au village de Santa Rosa. Durant notre pause à mi-parcours, nous faisons litteralement attaquer par des moucherons jaunes à l'instinct fort vorace. Ces minuscules insectes ne laissent pas de véritables boutons mais font un trou dans la peau comme une aiguille. Une petite goutte de sang témoigne de leur acte barbare. Et dans les heures qui suivent, les envies de se gratter sont insoutenables...
Arrivés à Santa Rosa, notre dépaysement est complet. Encore plus qu'à Guanay, les gens sont surpris de voir un couple de "gringos" (étrangers). Et encore plus qu'à Guanay, le confort de notre habitation est sommaire. Santa Rosa se situe à l'autre bout de cette région des Yungas où chercher de l'or est un métier au même titre qu'agriculteur. Le village ressemble d'ailleurs à un décor de Far West. Toute l'activité commercante se situe le long d'une unique rue. Il y a beaucoup de petites gargotes pour boire et danser. Le village s'anime le soir lorsque les températures deviennent plus douces et que l'on peut s'activer sans transpirer.
Nous aimerions bien communiquer avec les gens mais notre niveau d'espagnol ne nous permet toujours pas d'avoir des discussions trés "suivies". Le peu de contact nous avons est néanmoins trés chaleureux.
Santa Rosa est un village authentique perdu au milieu des Yungas. On s'y sent bien. Un peu à l'écart du monde. La Paz est à deux jours de transport: une éternité. Nous goutons avec delectation à ces moments où les lieux s'étirent et où le temps qui passe prend une autre forme. Nous aurions peut-être du passer un peu plus de temps ici. Mais les transports étant toujours un peu aléatoires, nous préférons saisir l'opportunité qui nous est donnée de partir dès demain pour Sorata. Nous nous couchons tôt en perspective de la longue journée qui nous attend.

Notre bateau accoste pour charger des bananes.


Santa Rosa, une ambiance de Far West.

Jeudi 12 mai - Chercheurs d'or

Que sommes-nous venus faire à Guanay? Voir les chercheurs d'or! Cette région des Yungas a connu la fièvre de l'or dans les années 70-80. De grosses fortunes se sont constituées à cette époque. L'une des légendes du coin est "Goni", président sortant de la Bolivie. Celui-ci a été elevé aux Etats-Unis avant de s'enrichir dans la région. Cet or a certainement contribué à sa victoire aux élections présidentielles de 2002. Quand on sait qu'il parle mieux anglais qu'espagnol (dixit les boliviens), on peut admirer la prouesse électorale...
Les exploitations qui existent encore actuellement sont de deux types : les individuelles et les coopératives. Il faut savoir que le filon aurifère s'est fortement tari. Les gains sont minimes et les revenus sont faibles. On voit encore de nombreuses personnes le long des rivières en train de tamiser l'eau: ce sont les chercheurs individuels. D'autres se sont regroupés sous forme de coopérative afin d'industrialiser la prospection. C'est l'une d'entre elles que nous allons visiter.
Aprés une heure de marche à flanc de rivière, nous arrivons à notre "mine". Le travail est simple mais extrement physique : il faut creuser la montagne. Comment faire? Avec de l'eau. Un mineur tient une lance et propulse l'eau sous pression contre la paroi de la montagne. Un torrent de boue se déverse le long de la paroi et se concentre dans un ruisseau que les mineurs ont creusé. Le long de ce "ruisseau" de boue, des plaques trouées faisant office de tamis récupèrent les particules d'or emportées par le courant. Les autres mineurs se trouvent le long de ce torrent et veillent à ce que la boue s'écoule toujours plus bas. Ils retirent des caillous énormes et poussent la boue en aval. Le travail est extremement physique et ne possède aucun répis : tant que la boue coule à flôt, il faut que le courant soit fluide... Heureusement, le chef d'équipe coupe l'eau toutes les heures afin que les mineurs puissent prendre une pause.
Le travail est rude et la récompense est faible. Mais on peut toujours lire dans le regard des mineurs l'espoir de trouver "LE" filon. Celui qui changera leur vie. Celui pour lequel toute cette sueur et tout cet acharnement n'aura pas été vain. Mais pour l'instant, l'eau coule toujours. Les pierres sont toujours aussi grosses. La boue est toujours aussi lourde. Et l'or se compte en grammes par jour...

Les mineurs en plein travail.


Tout ca pour ca...

Mercredi 11 mai - Vers Guanay

Coroico est encore une ville trés touristique et elle le mérite car son cadre est exceptionnel. Elle est la porte des Yungas, région de jungle pas trop dense et de montagnes verdoyantes. Il est temps de sortir des sentiers battus et d'explorer un peu plus cette région à peine effleurée par le tourisme.
Fatalement, les transports sont moins efficaces et plus aléatoires. Mais, au bout d'une journée exténuante en bus (la route en terre n'est pas des plus plates!) , nous arrivons à l'objectif que nous nous étions fixés : Guanay.
Enfin la Bolivie authentique! Les gringos (étrangers) ont disparu et avec eux les hotels confortables et propres. Nous trouvons néanmoins de quoi nous loger de manière décente dans une "alojamiento" (auberge) locale. Ici, pas de piège à touriste. Nous sommes un peu regardés dans la rue comme des animaux rares mais le contact avec la population est agréable et chaleureux.

Mardi 10 mai - Les trois cascades

Même dans l'oisiveté, on a quelques fois envie de bouger un peu. Nous entamons une randonnée vers trois cascades. Mais le spectacle s'avère décevant. De plus, il fait chaud et le soleil tape fort. Nous n'en verrons donc que deux puis retournerons à notre occupation favorite dans notre petit paradis : ne rien faire...

Une vue appaisante et majestueuse depuis Coroico.

Lundi 9 mai - Coroico en douceur

Il fait bon vivre et ne rien faire ici. Simplement se délecter des paysages qu'offre Coroico. Nous changeons de logement et trouvons une chambre de rêve : un duplex tout en baie vitrée avec vue imprenable sur les vallés sauvages des Yungas. On peut rester des heures derrière ces vitres baignées de lumières à contempler le paysage. De temps en temps, des rapaces passent devant nous comme s'il s'agissait d'un aquarium géant...
Vous comprendrez que dans de telles conditions, les mots "bouger" ou "agir" ont été totalement absents de notre vocabulaire...

Un hotel avec une vue fantastique.


Qu'il est bon de ne rien faire...

Dimanche 8 mai - La vallée de la mort

Nous partons de la Paz en camionnette pour nous arreter à un col situé à 4700 mètres d'altitude. De là, nous revettons notre équipement de cycliste et enfourchons nos vélos. Nous sommes quatre au départ : deux danoises, Nadège et moi. Mais déja l'une des nordistes renonce suite au mal d'altitude qui la saisit (maux de têtes, fatigues, nausées...). Nous ne sommes donc plus que trois à suivre notre guide dans cette descente qui va nous mener jusqu'à un village situé à 1200 mètres d'altitude. La première partie s'effectue sans difficulté sur une route bitumée et dans un décor grandiose de montagnes arides. On se sent presque dans une étape de montagne du tour de France mais toujours en descente! La température se réchauffe progressivement au fil de notre route.
Après deux petites côtes, nous effectuons une nouvelle pause à un col. Notre guide prend un air plus sérieux pour nous annoncer que nous allons entamer la descente de la "vallée de la mort" proprement dite. En face de nous, le paysage change radicalement : la verdure et les arbres se sont densifiés, la chaleur est plus moite et les nuages s'accrochent nonchalamment à ces pentes résolument vertes. Notre guide nous énonce quelques règles de sécurité : toujours rouler à gauche (et oui!) et s'arreter dés que l'on rencontre un véhicule. Comme son nom l'indique, cette route est très meurtrière: environ un accident mortel par mois (il y a même quelques stèles dédiés à des cyclistes sur le chemin!)...
Et c'est parti! La route est désormais en terre. Celle-ci est très étroite : pas plus de trois mètres de large par endroit. En contrebas, on ne voit pas toujours le fond des vallées tellement elles sont profondes. Cette route est pourtant la seule reliant la région des Yungas (région de jungle montagneuse) à la Paz. Heureusement, le trafic n'est pas très dense: environ un véhicule tous les quarts d'heure. La seconde danoise abandonne très rapidement par peur. Je ne m'en rends pas bien compte mais la route est très impressionnante entre précipices vertigineux et forêt luxuriante.
Nadège suit tant bien que mal. Le vélo n'est pas sa passion et elle est aussi victime de la crainte que suscite ce chemin. En permanence les mains serrés sur les freins, elle s'arrete finalement au bout d'un tiers du parcours. Me voila seul avec mon guide. Celui-ci me jauge en accelerant progressivement la cadence. Je pense que nous allons vite car nous doublons un à un tous les autres groupes de cyclistes pour finalement attendre au terme de notre périple un quart d'heure notre voiture balaie qui n'est pas parvenue à nous suivre. Je ne pensais pas que je m'amuserais autant dans cette descente! Bizarrement, je n'ai jamais ressenti la moindre peur car nous étions quand même prudents dans les virages en aveugle et dans les croisements de véhicules.
Nous voila donc dans les Yungas! Au programme : jungle (mais pas trop dense!) et montagne. Notre véhicule nous monte ensuite jusqu'à Coroico. La sortie "classique" en VTT inclut le retour sur la Paz. Mais nous laissons repartir notre groupe car nous restons à Coroico. Le cadre est agréable. Ce village est niché en haut d'une montagne d'où la vue panoramique est grandiose : d'un côté la Cordillère Royale et ses sommets enneigés, de l'autre, des vallées encaissées et verdoyantes. Nous sommes à 1700 mètres d'altitude et la température est agréable de jour comme de nuit. Un petit coin de paradis que nous allons apprécier tout en douceur...

Entre verdure et falaises.

Samedi 7 mai - Bougez avec la poste

Apres tous nos achats effectues la veille, il devenait urgent de se debarrasser de ces kilos en trop afin de ne pas les avoir dans notre sac a dos jusqu'a la fin du voyage.
Nous allons donc a la poste bolivienne (qui se nomme "Ecobol") afin d'y constituer deux colis que nous enverrons a nos familles respectives. Las! Apres mon experience de la poste argentine, nous voila happes par un espace-temps qui m'est familier : celui de la poste sud-americaine. Dans ce trou noir, le temps n'a plus d'importance. Vous passez d'un bureau a l'autre, d'un guichet de police inefficace a une douane virtuelle. Un tampon par-ci, une attestation par-la. Saupoudrez le tout de queues interminables a chaque etape. Ajoutez des fonctionnaires aimables comme une porte de prison, des employes qui ne savent meme pas comment fonctionne leur propre service. Vous obtenez une demi-journee passee dans les sous-sols de la Poste pour enfin voir votre colis emballe, estampille et valide pour un aller-simple vers la France. Familles S. et F., vous qui recevrez ces precieux colis, accueillez-les avec tout le respect qui leur est du. Ils ont sur leurs emballages toute la sueur de notre patience et de notre perseverence face a l'administration bolivienne. Ouvrez-les comme des tresors car ils les meritent (en plus, ils risquent de contenir des cadeaux vous concernant!).
Cette epreuve nous a presque autant eprouve qu'une ascension d'un 6000... Alors nous errons encore dans la Paz, sans but, juste pour le plaisir. Une pause patisserie par-ci, des pop-corns par-la. Rien que des douceurs pour sentir les heures passer avec plaisir.
Nous quittons la Paz demain pour "plonger" dans la jungle. La jungle constitue 70% du territoire bolivien. Et oui! Contrairement aux idees recues, la Bolivie n'est pas majoritairement un pays de montagnes. Il est donc temps d'y aller pour voir cette "autre Bolivie". Pour la peine, nous irons en velo. A suivre...

Vendredi 6 mai - Shopping a la Paz

Une journee de detente a la Paz apres nos efforts de la veille. Nous deembullons dans cette ville que nous trouvons toujours plus agreable au fur et a mesure que nous decouvrons la diversite de ses quartiers.
L'artisanat bolivien offre une quantite de produits tous plus colores et exotiques les uns que les autres. Les textiles a base d'alpaga, de lama ou de mouton sont legions et sont a des prix defiant toute concurrence. Il etait donc temps de faire quelques empletes personnelles ainsi que de chercher quelques cadeaux. Cela me permet de voir Nadege a l'oeuvre dans son domaine de predilection : le marchandage. Tout un art dont je ne maitrise que les rudiments... C'est aussi une occasion de decouvrir avec plus de curiosite tous ces produits aux couleurs vives, traces d'une culture qui tend a se marginaliser pour ne devenir qu'une attraction pour les touristes.

Jeudi 5 mai - Le jeudi de l'ascension

Essayer de se coucher à partir de 18 heures n'est pas évident. D'autant que mon excitation m'empêche de dormir. Je somnolerai jusqu'à minuit, heure à laquelle nous nous habillons afin d'affronter le froid. Dehors, la neige a laissé la place à un ciel étoilé. Il ne fait pas trop froid. Les conditions sont parfaites pour entamer le parcours. Le temps de prendre un "petit-déjeuner" et de mettre notre matériel spécifique (crampons, lampe frontale et harnais d'escalade) et il est déja 1h30 lorsque nous commencons l'ascension qui s'effectuera uniquement sur neige et glace. Le guide ouvre la cordée, Nadège est seconde et je termine celle-ci.
Le premier tiers de l'ascension s'effectue sans problème : nous sommes frais et les pentes ne sont pas trop raides. La première difficulté est une "mur" de 50 mètres que nous gravissons piolet à la main en plantant fermement la pointe avant de nos crampons dans la glace. L'obscurité m'aide à lutter contre mon appréhension lié au vertige. Cette petite escalade a demandé pas mal d'énergie.
La partie suivante devient alors plus pénible bien qu'elle ne comporte aucune difficulté particulière. L'altitude doit commencer à jouer sur l'organisme. Bien que le guide imprime un rythme lent, mon organisme me demande de ralentir encore. J'essaye de retarder le moment où je devrai dépasser mes limites et impose mon allure un peu plus lente à toute la cordée. Mon morale en prend un coups lorsque je vois dans la nuit se dessiner la cîme du Huayna Potosi encore bien au dessus de moi!
Nous progressons lentement mais surement jusqu'à la dernière difficulté. Nous sommes à 5800 mètres. Je m'arreterai bien là : devant moi, dans la pénombre, un mur sans fin se dresse. Nous voyons les lampes d'une cordée bien plus haut. Tout cela me semble impossible. Il me semble avoir dépensé toute mon énergie avant même d'entamer cette ultime ascension. Mais nous y allons. Les premiers coups de piolet et de crampons sont énergiques. Puis, soudain, mes forces m'abandonnent. Je m'arrete net. Je n'irai pas plus haut. Je peste à voix haute des mots censurés sur mon blog. Je reste quelques minutes ainsi. Je reprends mon souffle, trouve un peu de volonté en moi et en Nadège puis repars. Je ferai ce genre de simagrées à plusieurs reprises. Je regarde en haut : cela n'en finit pas! Je regarde en bas : des lampes m'indiquent de nouvelles cordées en bas, tout en bas... Je me sens prisonnier de ce mur de glace. Mes doigts sont gelés car j'ai oublié de changer de gants au début de cette ascension. Je fais donc encore une halte au milieu de ce mur afin de mettre des mouffles plus chauds. Tous les prétextes et les jurons sont bons pour effectuer une pause au milieu cette falaise de glace. Mais progressivement, sans que je puisse l'expliquer, mes coups de piolet et de crampons redeviennent plus réguliers et plus déterminés. Nadège a dû sentir cette énergie car elle commence elle aussi à se plaindre. C'est désormais moi qui l'encourage. Elle devait en baver autant que moi auparavant mais se sentait un devoir de m'encourager plutôt que d'aller dans mon sens. Dans cette "nouvelle donne", je me préoccuppe plus de Nadège que de moi-même. Et c'est une véritable surprise lorsque l'on crie d'en haut : "plus que 10 mètres!". Qu'ils sont longs ces derniers mètres...
Puis nous y sommes. Il est 6 heures du matin. Le soleil va bientôt se lever. La vue est splendide. Devant nous, les montagnes fondent rapidement pour disparaitre dans les nuages bas de la jungle bolivienne. De l'autre côté, c'est l'altiplano avec la ville pleine de lumière que l'on nomme "La Paz Alto" ("les hauts de La Paz"). Le vrai "La Paz" est en contre-bas dans une énorme cuvette que nous ne pouvons voir. De chaque côté, nous contemplons les multiples sommets enneigés de la Cordillère Royale.
Je n'arrive pas à croire que je l'ai fait avec Nadège: nous sommes à 6088 mètres d'altitude (plus haut que son précédent sommet à plus de 6000 pour ceux qui suivent)! Je suis fou de joie! Petit bémol, j'ai cassé dans l'aventure l'écran de mon appareil photo. Il n'y a donc aucune photo immortalisant ce moment. A peine le temps d'apprécier le coucher de soleil et nous redescendons. Les deux "difficultés" sont descendues en rappel. Même en descente, nous sommes encore éprouvés physiquement. Je tombe même deux fois (sans gravité) juste avant d'arriver au campement...
Personnellement, je suis un peu à bout physiquement. Bizzarement, je peux gambader avec mon sac à dos dans les descentes mais la moindre petite côte me demande un effort considérable.
Je suis trés heureux d'avoir effectué cette ascension que je dédie à 3 personnes. Tout d'abord à mon frère car c'est un jour particulier que j'aurai aimé partager avec lui. Bon anniversaire Francois-Xavier! Un grand merci à Seb pour son sac de couchage qui m'aura permis de me reposer douilletement à 5200 mètres dans une tente au bord d'un glacier. Enfin, à Nadège pour ses encouragments et sa tenacité sans lesquels je ne serais jamais arrivé au bout. La vie est si belle avec Nadège...

Mercredi 4 mai - Vers le Huayna Potosi

Le Huayna Potosi est l'un des plus hauts sommets de Bolivie et culmine à 6088 mètres d'altitude. Les guides touristiques en parlent comme l'un des "6000" les plus faciles à gravir. Il fait partie de ces montagnes appartenant à la majestueuse Cordillère Royale. Aprés tous les récits passionnants des ascensions de Nadège, il fallait bien que je tente aussi cette experience une fois dans ma vie. Bien que réticente à l'idée de recommencer ce genre de "folle aventure", Nadège me suit quand-même. C'est beau l'amour!
Notre ascension se déroulera sur deux jours. L'excursion démarre à 4700 mètres d'altitude (à environ une heure de La Paz en voiture) et nous sommes acompagnés d'un guide bolivien qui s'averera être trés compétent. Nous arrivons à notre campement situé à 5150 mètres en début d'aprés-midi. Nous montons notre tente et mangeons tôt et beaucoup afin d'emmagasiner de l'energie pour le lendemain. Contrairement au magnifique temps ensoleillé que nous avons eu jusqu'à maintenant en Bolivie, le ciel se couvre et il neige même un peu!
Cette première partie de notre périple était assez facile. Nous sommes désormais bien acclimatés à l'altitude et le chemin n'avait rien de technique ni de pénible. Nous nous couchons vers 18 heures car la nuit va être courte : réveil à minuit! Notre guide emploie d'ailleur le mot "se reposer" et non "dormir"... On est fou? Oui, un peu.

Le Huyana Potosi vu d'en bas. On y va?

Mardi 3 mai - Détente à La Paz

La vie a repris son cours animé. Les magasins sont tous ouverts et la circulation est plus dense. Mais la Paz ne perd pas de son charme indéfinissable. Ce sont peut-être les gens qui en font sa richesse principale : les boliviennes aux tenues traditionnelles (chapeau melon, robes bouffantes aux couleurs écarlates, ...) côtoient les hommes d'affaires en costume et les jeunes au style plus occidentale.
La Paz est une ville qui grouille de vie sans être stressante. Les gens sont agréables. Bien que le niveau de vie y soit plus bas, on se sent beaucoup moins agressé qu'au Pérou en tant que touriste. Par contre, le peu de sollications que nous subissons est beaucoup plus insistant : les gens restent à votre côté en gémissant, vous suivent ou vous touchent quelques fois. Heureusement, tout cela est trés rare.
Nous profitons des ces derniers moments de détente à la Paz. Demain, nous partirons pour une randonnée de deux jours dans la Cordillère Royale qui nous appelle par sa beauté depuis notre arrivée sur le lac Titicaca.

Lundi 2 mai - La Paz

Nous découvrons La Paz sous un jour trés calme car il est férié. Rien de tel pour apprecier en toute tranquilité le charme discret de cette ville. Il n'y a pas d'édifices extraordinaires ou hautement historiques. Néanmoins, La Paz a une âme. Chaque quartier possède des murs qui parlent : vieilles batisses coloniales décrépies, immeubles d'affaire modernes ou bâtiments impersonnels des quartiers populaires. Le tout dans des rues qui ne savent que monter ou descendre et offre des points de vue toujours différents sur la ville.
Nous errons une bonne partie de l'aprés-midi dans un énorme marché qui se nomme Buenos Aires. Pas grand-chose pour les touristes. Mais que de curiosités pour un oeil étranger comme le notre! Nous notons toute de même que les prix défient toute concurrence : même le Pérou parait "riche" à côté... Compter 3 euros pour un beau T-Shirt (copie de marques bien-entendu), 3 euros pour un bon et copieux repas ou 3 euros pour une superbe étoffe multicolore dans le plus pure style bolivien.
Nous nous sentons bien ici et attendons avec impatience de voir à quoi ressemblera la ville demain lorsque toute son activité reprendra.

Dimanche 1er mai - Vers La Paz

Nous reprenons le bateau dans la matinée et quittons l'île du Soleil qui nous aura offert les plus belles perspectives sur le lac Titicaca. Dans l'aprés-midi, nous roulons vers la Paz. La Cordillère Royale se rapproche. Pour comprendre l'attraction que celle-ci exerce, il faut imaginer une chaine de montagnes de 200 kilomètres où l'on aurait déposé une dizaine de Mont Blancs de plus de 6000 mètres... Cette chaine est visible en tout point du lac Titicaca que nous longeons encore. La dernière heure du trajet traverse l'altiplano bolivien. Nous sommes à plus de 4000 mètres et la végétation est semi-désertique. Nous sommes presque au pied de la Cordillère Royale lorsque le plateau se brise brusquement. Dans cette faille géologique: La Paz... S'étageant de 3200 à 4000 mètres d'altitude, cette ville ne laisse pas indifférent. Une énorme cuvette couverte d'habitations sur ses flancs et d'immeubles dans sa vallée est dominée par un superbe massif enneigé de plus de 6000 mètres : l' Illimani. Cette ville nous séduit au premier coups d'oeil. Mais il est déja tard. Nous partirons à sa découverte demain.

Samedi 30 avril - L'île du Soleil

Nous prenons un bus qui longe le lac Titicaca pour nous rendre à Copacabana en Bolivie. Pour les adeptes du string et du mono-kini, cette petite ville n'a rien à voir avec la célèbre plage brésilienne du même nom.
Il nous arrive une petite mésaventure à la frontière bolivienne car sa traversée se déroule comme suit : le bus débarque tous ses passagers côté péruvien puis fonce nous attendre 500 mètres plus loin en Bolivie. Nous effectuons donc les formalités administratives de passage en temps que piétons. Les douaniers péruviens nous donnent des sueurs froides car le visa de Nadège a expiré depuis une semaine. Nous pensions pouvoir payer cette extension sur place mais le douanier nous dit qu'il faut retourner à notre point de départ (Puno) pour effectuer le paiement! Finalement, aprés de longues et âpres discussions, Nadège parvient à trouver un arrangement (sans corrompre le zelé fonctionnaire). Pour ma part, je cours côté bolivien pour dire au chauffeur d'attendre. Mais trop tard : il part sous mes yeux nous laissant en plan à la frontière sans aucune affaire puisque tout est dans le bus! Nadège arrive cinq minutes plus tard. Nous prenons un taxi jusqu'à Copacabana qui est à un quart d'heure de la frontière. Nous craignons le pire pour nos affaires car le bus continue ensuite sa route sur la Paz. Heureusement, nous retrouverons le bus et toutes nos affaires à Copacabana : j'avoue que nous avons un peu eu peur! Mais tout est rentré dans l'ordre. Nous avons même réussi à utiliser la police bolivienne pour faire pression sur la compagnie de bus afin de nous payer une partie des frais de taxi que cette dernière refusait de nous rembourser!
De Copacabana, nous embarquons en direction de l'île du Soleil. C'est ici que serait né le premier Inca à l'origine de cette civilisation florissante que sont les incas. On retrouve quelques traces de tout cela. Mais cette île est surtout magnifique par son cadre: la cordillère royale, avec ses multiples sommets blancs à plus de 6000 mètres, s'étale nettement devant nous. L'eau est toujours aussi bleue et l'île du Soleil possède un relief escarpé et tortueux donnant des perspectives toujours différentes entre lac et montagnes.
Nous nous posons dans une jolie petite auberge (au confort sommaire) au sommet de l'île. De notre chambre, la vue est appaisante : quelques îles sauvages et l'horizon bleu du lac... Nous nous promenons jusqu'à la nuit tombée en nous délectant de vues toujours différentes à chaque virage.
Afin de terminer ma modeste étude comparative des îles du lac Titicaca que nous avons visitées, je dirais que celle-ci me semble la "mieux" développée. Il est vrai que sa proximité du continent lui permet d'avoir un peu d'electricité et cela change beaucoup de choses. Ici, pas de communautée et la gestion du tourisme est assez "libérale". Néanmoins, tout cela demeure assez modeste. Il n'y a d'ailleurs qu'un hotel sur l'île (Il y a beaucoup d'autres endroits pour dormir mais il ne faut pas être regardant sur le confort) et l'activité agricole semble encore occuper la majorité des gens. On ne trouve pas d'interdictions ou de restrictions ici. Pourtant, le cadre naturelle et sauvage me parait trés bien préservé. De plus, le niveau de vie semble plus élevé que sur les autres îles sans que le tourisme ait corrompu tout cela : nous n'avons rencontré que des personnes trés aimables, ouvertes et hospitalières. Ce qui n'était pas forcément le cas des îles précedentes où l'on pouvait sentir le poids de notre argent et la distance qu'il crée.
Un dernier mot du ciel : toujours aussi bleu le jour. Toujours autant étoilé la nuit. On ne s'en lasse pas...

L'ile du Soleil a quelques airs de Croatie.