Vendredi 11 mars - El Tres Marias

Il fait froid. Il a plu. Le temps est gris. Le vent est fort. Mais aujourd'hui, c'est décidé: je vais naviguer.
J'évite les nombreuses offres de grosses machines touristiques avec leurs énormes catamarans couverts où l'on est bien au chaud et me tourne vers une embarcation plus à mon gout: un petit bateau de pêche.
Nous sommes six sur le rafiot et aucune possibilité de s'abriter.
Ah! La mer... Les embruns... Enfin l'aventure... Et vogue le Tres Marias...
Malgré le froid humide et la grosse mer, le spectacle est splendide. Nous naviguons sur le canal de Beagle. Cette petite mer interieure coupe la Terre de Feu d'est en ouest, permettant aux navires d'éviter le Cap Horn pour aller de l'Atlantique au Pacifique.
C'est une vraie communion avec la nature. Les oiseaux sont multiples et variés : goëlands, albatros, mouettes, cormorans et d'autres que je ne connais pas... L'une des particularités de notre embarcation est qu'elle peut accoster presque n'importe où du fait de sa taille. Nous visitons des îles totalement inhabitées où nichent des nuées de cormorans.
Nous découvrons d'anciens sites habités par les indiens Yamanas. Ces indiens vivaient en Terre de Feu bien avant l'arrivée de l'homme blanc. Ces indiens vivaient d'une façon incroyable. D'abord, ils vivaient nus. Pourquoi par un tel froid? Parce qu'ils vivaient près de l'eau et que des habits mouillés sont toujours plus froids que rien du tout. Ils s'enduisaient en permanence de graisse de phoque. Encore plus fort : leurs jambes étaient attrofiés car ils restaient en permanence accroupis près d'un feu qu'ils entretenaient! Leurs corps s'étaient adaptés à ces conditions extrême : la température normale était de 38,5 degrés et la consommation en calorie le double de celle d'un être normal! Je pourrais en parler pendant des heures... Comme la plupart des indiens, ceux-ci ont disparu décimés par nous et surtout par notre mode de vie et nos maladies...
Retour sur l'eau : des otaries jouent autour de notre bateau. Nous voyons des loups de mer s'ebattre sur des rochers. Bref, on en prend plein les yeux. Sauf que les creux sont de plus en plus importants. Certaines vagues nous arrosent copieusement. Là, j'ai VRAIMENT froid. Et le bateau ne fait qu'entamer son retour. Je ne m'attarderai pas sur ce moment frigorifque mais je suis un peu marqué physiquement. J'ai pris un coup de soleil alors que je ne l'ai quasiment pas vu et je me sens froid le restant de la journee sans rien qui puisse y remedier. Mais j'ai pris beaucoup de plaisir a découvrir ce petit coin de nature aquatique encore intacte même si j'ai raté toutes mes photos!